Ma peinture me précède
Je peins souvent sans savoir exactement ce que je suis en train de dire.
Je commence par des formes, des animaux, des plantes, des couleurs. Je cherche des équilibres, des tensions, des rythmes. Tout ça, est très technique. Où placer cette forme ? Comment faire circuler le regard ? Quel vide laisser ? Où mettre le contraste ?
Je construis avant de comprendre.
Et puis le tableau se termine.
Je prends du recul, je le regarde… et parfois, je découvre que j'ai peint quelque chose de moi sans l'avoir décidé.
EDEN
Comme un jardin que l’on aurait oublié.
Un endroit où les fleurs poussent sans demander la permission, où les couleurs débordent, où les formes ne cherchent pas à être parfaites.
Pour cette nouvelle série, j’avais envie de revenir à quelque chose de très simple : un jardin, des fleurs, des animaux, du vivant.
Mais pas un jardin sage.
Un jardin libre, un peu sauvage, fait de contrastes, de couleurs et de mouvements.
Dans ce premier tableau, un oiseau traverse le jardin.
Je ne sais pas vraiment d’où il vient, ni où il va. Peut-être qu’il arrive. Peut-être qu’il s’en va. Peut-être qu’il est simplement là pour nous rappeler que dans Eden, tout est encore possible.
J’aime travailler comme ça : partir d’une forme, d’un animal, d’une couleur… et laisser la peinture prendre sa propre direction.
Les fleurs deviennent presque des personnages. L’oiseau devient une présence. Les motifs, les morceaux de matière et les couleurs viennent se superposer, comme des souvenirs d’un jardin que l’on aurait dans la tête , peut-être les prairies Cévenole de mon enfance.
mes souvenirs d'été, allongée dans les prés avant que les faucheuses arrivent et mettent fin à l'été.
Eden n’est peut-être pas un lieu.
Peut-être que c’est un état.
Un endroit intérieur où le vivant reprend toute sa place.
Cette peinture est la première d’une série de recherche.
Pourquoi ce chat?
Je me demande parfois pourquoi je peins autant d’animaux.
Je n’ai pas vraiment de réponse. Peut-être que je les choisis simplement parce qu’ils ne cherchent pas à expliquer ce qu’ils sont. Ils existent. Ils observent. Ils attendent. Ils nous regardent avec quelque chose de très ancien dans les yeux.
Ce chat est arrivé comme ça. Sans véritable projet. Une silhouette noire qui a peu à peu pris toute la place sur la toile.
J’ai aimé le contraste : le noir contre le blanc, la masse contre le vide, le calme contre quelque chose de presque sauvage.
Je crois que c’est aussi ce que je cherche dans ma peinture. Réduire les choses à leur présence. Enlever le superflu pour voir ce qu’il reste.
Ce chat ne raconte peut-être rien de précis. Ou peut-être qu’il raconte justement cette part de nous qui observe en silence. Celle qui voit beaucoup, mais ne dit rien.
Je peins des animaux sans toujours savoir pourquoi. Peut-être parce qu'au fond, ils me permettent de parler de l'humain sans avoir besoin de peindre un humain.
Et puis il y a le regard.
Toujours le regard.
Deux yeux dans une grande masse sombre, et soudain le tableau nous regarde à son tour.
Je ne sais toujours pas pourquoi je peins des chats. Mais celui-ci, je crois qu’il avait quelque chose à me dire
L'histoire du Chien rouge
je ne peins pas simplement « des animaux », je peins des présences auxquelles je suis attachée et que je connais intimement.
Je ne peins pas nécessairement mon beagle au sens d'un portrait fidèle mais ce que cet animal représente pour moi.
Je peins le chien parce qu'il fait partie de ma vie.
Mon beagle, par exemple, est bien plus qu'un chien pour moi. C'est une présence, un compagnon, une petite personnalité avec laquelle je partage le quotidien.
Alors quand je peins un chien, je ne cherche pas forcément à faire Naruto.
Je cherche peut-être à peindre ce lien.
Ce regard que l'on connaît par cœur. Cette présence familière. Cette joie parfois complètement irrationnelle qu'un animal peut apporter dans une maison.
Certains êtres nous accompagnent tellement qu'ils finissent par entrer dans notre peinture.